10.03.2012 - 12.05.2012
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E-Catalogue |
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De l'époque des cavernes à l'Antiquité et jusqu'à nos jours, le feu, dans sa forme poétique et mythique, lumineuse et brûlante ou dans sa forme divinatoire et symbolique, revêt une signification purificatrice et évoque une représentation spirituelle des extrêmes entre l'enfer et le paradis. Cet élément a trouvé une place de choix à travers la fascination qu'il exerce dans diverses formes de créativité artistique, poétique et littéraire. C'est ainsi qu'au cœur de l'oeuvre des trois artistes présents dans cette exposition: le français Bernard Aubertin, l'allemand Otto Piene et le luxembourgeois Arthur Unger, le feu a joué un rôle déterminant, clef de voûte de leur réflexion et de leur route créative, vers l'essentiel et l'infini. BERNARD AUBERTIN OU LE GOUT DE L'EPHEMERE Bernard Aubertin a d'abord trouvé sa place dans l'avant-garde européenne dans le sillage d'Yves Klein et d'Otto Piene, recevant comme un choc leurs œuvres monochromes, y associant ses recherches plastiques et exposant dans le cadre du groupe Zéro, fondé par Otto Piene et Heinz Mack en 1958 à Düsseldorf, élargi en 1961 à Günther Uecker. Dès sa fondation, et par la suite, le groupe a associé à son activité toute l'avant-garde européenne et internationale avec les artistes-clé de cette période, tels Lucio Fontana,Yves Klein, Jean Tinguely, Piero Manzoni, Pol Bury, Daniel Spoerri, Soto, Arman, Enrico Castellani, Piero Dorazio, Christian Megert, Arnulf Rainer..... OTTO PIENE INSTIGATEUR DE L'AVANT-GARDE EUROPEENNE ET PLANETAIRE L'oeuvre de l'artiste allemand Otto Piene occupe une place prépondérante et résonne dans l'avant-garde européenne et planétaire, au cours des décennies qui suivent la deuxième guerre mondiale. Elle reflète ses positions et les pléthores d'expression de son expérience créative, ses projections artistiques et poétiques, multiples et multiformes. Dès les années 1957 à 1960, son travail pictural occupe déjà une place de choix, à l'époque où se forme le Groupe Zéro à Düsseldorf, dont il est l'un des principaux instigateurs, d'abord sur la scène artistique allemande, puis sur la scène européenne. L'expérience de Piene avec les peintures de feu est étroitement liée au travail de recherche sur ses oeuvres au pochoir et la problématique de lumière, qui le conduisent à d'autres découvertes utiles quand il expérimente ces mêmes pochoirs avec l'utilisation de bougies. Il fait briller des éclairs électriques et des sources lumineuses, ainsi que des chandelles, à travers les pochoirs et s'aperçoit qu'il en résulte de la suie. L'artiste pose alors une feuille de papier par-dessus les pochoirs et la suie se dépose sur le papier. Il obtient ainsi des dessins à la fumée. Le même procédé appliqué à une surface entoilée le conduit à exploiter les dépôts de suie sur une toile et Piene crée des tableaux à la fumée. L'artiste abandonne ensuite les pochoirs pour appliquer simplement la suie avec les bougies qui donnent des peintures à la fumée aux formes répandues et plus larges, dont d'autres artistes se sont inspirés par la suite, et notamment Klein, Aubertin..... C'est ainsi que l'artiste met au point et développe assez rapidement le procédé qui le conduit à ses peintures au feu qui constituent une partie significative de son œuvre artistique.Il entreprend alors toute une série d'oeuvres à la fumée et une vingtaine de gouaches également intitulées "Tentatives pour brûler la nuit". Dès lors, cet élément se retrouve de plus en plus dans sa peinture, avec une présence préférentielle de la couleur rouge qui est devenue une constance. Certains remarqueront que Piene est né sous le signe du Bélier, signe de feu, et qu'il ne fait finalement que retourner tout naturellement vers ce qui lui est propre.Toutes ces peintures au feu sur toile témoignent que par cette démarche, Otto Piene appartient bien, en fait, à ce cycle d'artistes qu'Herbert Read appelle « des artistes en quête d'images effectives, d'images médiatrices entre le chaos de l'inconscience et « l'équité absolue» ou l'ordre que l'art impose à ce chaos, jusqu'à ce qu'il libère des moments d'inspiration»iii. Rendre l'environnement humain harmonieux avec des formes simples, fortes et significatives, pourrait être l'un des credo artistiques et existentiels d'Otto Piene. Signification que l'artiste lui-même attribue à ses peintures quand il affirme: « Démontrer la pertinence sur laquelle on a insisté, nous dévoile l'opération mentale par excellence de l'élaboration de ces projets, installations, sky events, sculptures...» qui apparaissent comme une succession d'évidences intuitives et profondes de sa créativité. Le trait dévoile l'état d'esprit où les idées trouvent une concrétisation conceptuelle et visuelle, claire et évidente. ARTHUR UNGER : LA FORCE D'UN UNIVERS TRANSCENDANTAL Tout autre fut l'expérience de l'artiste luxembourgeois Arthur Unger qui découvre la magie du feu et son symbolisme méditatif auprès des populations autochtones dans la brousse d'Afrique centrale parmi les tribus Lunda et Baluba du Katanga, au Zaïre, dont il partage la vie et les expériences pendant plus de cinq années. Au fur et à mesure, des contacts soutenus avec la population locale permettent à Unger de découvrir également la puissante charge poétique du feu, autour duquel l'artiste va édifier la force et la signification de son œuvre. Certaines images environnementales conduiront l'artiste à transcender ces paysages de collines de Fungurume, calcinées par le soleil et la foudre, et baignées de pluies tropicales qui laissent leurs traces verdâtres sur la montagne de malachite, nourrissant un univers créatif que l'artiste choisira plus tard de fixer sur des plaques de cuivre électrolytique, devenu le support quasi exclusif de son oeuvre depuis des décennies. A partir d'une technique qui lui est propre et qu'il a inventée, le pyrochimiogramme, Arthur Unger crée une représentation plastique qui équivaut à un édifice transcendantal. L'artiste manie et mélange le feu et l'encre à la feuille de cuivre, affrontant la complexité du codage et du décryptage par analogie évocatrice, anticipant la valeur des formes, la valeur des signes, le sens des mots, le sens de l'art. Michel Tapie, l'un des plus importants critiques d'art français et gourou « d'un art autre » sera l'un des fervents défenseurs et entremetteur d'Arthur Unger dès ses débuts. Il est aussi l'auteur des premières monographies et textes critiques qui accompagnèrent l'ascension d'Unger sur la scène artistique en France et en Italie, avant qu'il ne s'impose avec une série d'expositions muséales en France, au Luxembourg, en Allemagne, et finalement en Chine à partir de 2004. Une série de rétrospectives complexes et exhaustives sont ainsi organisées dans les musées majeurs de grandes villes chinoises: Shenzhen, Shanghai et Pékin. L'œuvre d'Unger sera ensuite présentée dans sept musées parmi les plus importants de Chine dans le cadre des Jeux Olympiques de Pékin en 2008, sous l'égide de l'auteur de ce texte, permettant ainsi de dévoiler au public chinois un univers créatif doté d'une force convaincante, dont l'impact visuel recèle tant d'énigmes et une fluidité trans-mutante. La présence dans cette exposition d'œuvres significatives d'Unger, au diapason de ces vingt dernières années, telles «Soleil sur Embori» et «Flamme Eternelle» de 1991, « Au pays de l'araignée » de 1993, « En ce pays enflammé » et «Le Puissant» de 2000, permet aux spectateurs de réaliser que dans ces œuvres jaillies de l'innocence et de la jouissance poétique, l'artiste bâtit un univers transcendantal d'un geste rythmé. Il leur montre ainsi la voie et leur permet de recevoir une charge poétique, de s'émouvoir, transmettant par l'acte créatif à la fois la liberté et la beauté convulsive. De même augure, la série d'œuvres sur papier d'Arthur Unger ou plus exactement le cycle intitulé « Créature Chamanique » de 2011, dans un geste calligraphique sublime, offre des images représentatives, dotées d'un cryptogramme énigmatique. A travers cette trilogie artistique: Aubertin, Piene, Unger, on peut goûter dans les œuvres qui nous sont proposées ici, à une pluralité caractérisée, à une vaste gamme incantatoire et captivante aux reflets de feu, d'éclair, de braise et de foudre, mais aussi, à l'ensorcellement lumineux, chaud, brûlant... dans la métamorphose de la surface de la toile, du papier ou du cuivre... reflétant des œuvres d'art fascinantes. Par Ante Glibota
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